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Étude de cas – Dialogue multi-acteurs

Faire émerger une parole commune dans un champ fragmenté

Comment une médiation collective à grande échelle a permis à des acteurs en désaccord sur la structuration de leur champ et leur relation aux pouvoirs publics de construire une capacité d’expression commune sans renoncer à leur diversité.

Participants réunis lors d’une médiation collective à grande échelle

Le défi : construire une représentation commune sans autorité centrale

En 2011, la médiation se professionnalise, mais ne constitue pas une profession unifiée. Le champ rassemble des acteurs issus d’horizons très différents, organisés en associations attachées à leur indépendance, sans instance légitime pour parler au nom de tous.

La transposition en droit français d’une directive européenne rend pourtant nécessaire une expression commune auprès des pouvoirs publics. Un premier travail collectif a déjà permis l’élaboration d’un cadre national de déontologie. Mais une question politique demeure : comment garantir la qualité des pratiques et faire reconnaître la médiation sans créer une profession fermée, ni soumettre sa diversité à une réglementation contraire à ses principes ?

Les acteurs partagent un socle de valeurs, mais divergent sur les formes de professionnalisation, les modalités de régulation et la relation à entretenir avec les institutions. L’enjeu n’est donc pas de les mettre tous d’accord, mais de leur permettre de formuler ensemble ce qu’ils peuvent défendre auprès des pouvoirs publics.

Créer un cadre avant de créer du dialogue

Sous l’impulsion de l’un des acteurs du champ, un groupe informel réunissant des personnalités issues des différentes sensibilités a été formé. Sa légitimité ne reposait pas sur un mandat officiel, mais sur son pluralisme : aucune sensibilité ne devait pouvoir se l’approprier, afin qu’il puisse inviter largement sans prétendre parler au nom de tous.

La première étape a consisté à créer les conditions politiques et relationnelles permettant à chacun d’y prendre part.

J’ai accompagné ce groupe dans la conception du processus et la préparation du Forum. Les échanges ont été exigeants, parfois tendus. Il fallait établir un cadre dans lequel des acteurs aux positions divergentes accepteraient d’entrer, puis formuler une question assez précise pour engager le travail, sans orienter les réponses ni imposer une forme de structuration.

Le désaccord central a ainsi pu être clarifié : il ne s’agissait pas d’unifier le champ, mais de déterminer ce que ses acteurs pouvaient néanmoins porter ensemble auprès des pouvoirs publics.

Participants travaillant en petits groupes sur les enjeux de la médiation

Faire travailler les divergences à grande échelle

En février 2011, ce travail préparatoire a abouti à un Forum Ouvert de deux jours, organisé sous le haut patronage du ministère de la Justice. Il a réuni 120 participants représentant la diversité des pratiques et des courants de la médiation.

Les participants ont eux-mêmes défini leur programme de travail. Trente-cinq ateliers ont notamment porté sur les compétences et la formation, la qualité des pratiques, la déontologie, la confidentialité ainsi que les formes possibles de régulation. Chaque atelier a produit une synthèse, mise à la disposition de tous à l’issue du Forum.

De ces travaux ont émergé des expressions communes et l’adhésion à un socle partagé de critères et de garanties. Le déplacement essentiel a consisté à distinguer la professionnalisation de la médiation de la création d’une profession unifiée de médiateurs.

Ces productions ont été réunies dans un dossier de presse présentant les expressions communes issues du Forum.

Consulter le dossier « Professionnaliser la médiation »

Le Forum n’a ni supprimé les divergences ni créé une représentation permanente. Il a montré que des acteurs indépendants pouvaient produire une expression collective sans renoncer à leurs différences.

Passer d’expressions dispersées à une expression collective

Cette vidéo restitue le second Forum Ouvert consacré à la structuration du champ de la médiation.

Cinq ans après le premier Forum, le contexte a changé. Alors que de nouvelles dispositions législatives risquent de contrevenir aux principes fondamentaux de la médiation, aucun acteur ne dispose encore, à lui seul, de la légitimité nécessaire pour parler au nom de tous.

L’Association nationale des médiateurs souhaite alors réunir les différentes voix du champ, non sous sa propre bannière, mais dans une démarche ouverte permettant de construire une expression commune à destination des pouvoirs publics.

Invitée à accompagner ce nouveau processus, j’ai conçu et animé en septembre 2016 un second Forum Ouvert. Les participants ont proposé 42 sujets de travail et produit 35 comptes rendus le jour même.

→ Voir l’invitation au Forum Médiation 21
→ Consulter le communiqué issu du Forum

Ce Forum n’a pas réglé les divergences entre les organisations. Il a ouvert une nouvelle dynamique collective, qui s’est prolongée dans les années suivantes.

Une représentation construite collectivement

Fresque construite collectivement sur les acteurs, les enjeux et les perspectives de la médiation
À partir d’un canevas préparé pour le Forum, les participants ont représenté ensemble les enjeux, les tensions et les perspectives du champ de la médiation.

Une dynamique prolongée dans le temps

Dans les années suivantes, cette dynamique s’est poursuivie avec la constitution de Médiation 21, puis l’organisation des États généraux de la médiation. Le collectif a élaboré un Livre blanc, remis à la ministre de la Justice en 2019, qui proposait notamment la création d’un Conseil national de la médiation.

Cette proposition a connu un aboutissement institutionnel plusieurs années plus tard : le Conseil national de la médiation a été créé par la loi en 2021, puis installé en 2023.

Créer une capacité d’action commune

Cette expérience montre ce qu’un processus collectif exige lorsqu’aucune autorité ne peut imposer la direction à prendre : construire une légitimité suffisante, poser un cadre politique clair et trouver la question sur laquelle des acteurs aux intérêts différents peuvent réellement travailler ensemble.

Les deux Forums ont permis de faire émerger des expressions communes sans effacer les divergences. Ils ont contribué à rendre possible une dynamique collective qui s’est structurée et prolongée dans le temps.

C’est dans ce type de situation que j’interviens : lorsque des acteurs interdépendants doivent dépasser leurs positions initiales pour élaborer ce qu’ils peuvent comprendre, décider et porter ensemble.