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Traverser les seuils en entreprise : décider et agir dans l’incertitude

voeux 2026 Evolucio. Illustration des seuils de transformation en entreprise

Traverser les seuils

Le moment des vœux est, en soi, un passage de seuil.
Un temps charnière entre ce qui se termine et ce qui cherche encore sa forme.

Les seuils dans les transformations en entreprise

Si j’ai envie de vous parler de seuils en ce début d’année, ce n’est pas seulement parce que nous changeons de calendrier.
C’est parce que traverser les seuils en entreprise est devenu une expérience courante dans des organisations confrontées à des transformations permanentes.
Nous les rencontrons dans nos manières de vivre, de travailler, d’être ensemble.

Nous quittons progressivement un monde structuré par la performance et la croissance comme horizons indiscutables, sans que le suivant soit encore pleinement stabilisé.
Entre les deux, il y a ce temps particulier du seuil : ni avant, ni après.
Un temps inconfortable, souvent déroutant, mais profondément fécond.
Dans ces moments-là, les diagnostics sont souvent posés, les constats partagés, les faits établis.

Ce qui est beaucoup plus difficile, c’est d’intégrer ce que ces constats impliquent réellement.
Pour les rôles.
Pour les rythmes.
Pour les postures.
Pour les manières de décider, de coopérer, de renoncer.

Le temps du seuil : lucidité sans capacité immédiate d’agir

Le seuil n’est pas un déficit de lucidité.
C’est un moment où la lucidité précède la capacité d’agir.
Nous voyons, mais nous ne savons pas encore comment faire avec ce que nous voyons.
Vouloir aller trop vite à ce moment-là conduit souvent à des raccourcis, de l’agitation, ou à des décisions prématurées qui ne tiennent pas dans la durée.

La complexité émotionnelle des périodes de transition

Un autre trait caractéristique des moments de seuil est la coexistence d’états émotionnels contradictoires.
Peur, espoir, fatigue, détermination, doute, envie d’y croire, tentation de renoncer…
Tout peut être présent en même temps.

Dans une culture qui valorise l’alignement, la convergence rapide et l’adhésion immédiate, cette pluralité est souvent vécue comme un problème.
Elle est pourtant normale.
Et surtout, elle est précieuse.

Des vécus différents face au changement

Dans les seuils, nous n’arrivons pas tous au même moment, ni avec les mêmes ressources, ni avec les mêmes histoires.
Certains états émotionnels viennent de l’ancien monde : de nos anciens modes de pensée, de nos réflexes, de nos peurs, de nos habitudes.
D’autres appartiennent déjà à ce qui cherche à émerger, même si ce quelque chose n’a pas encore de mots ni de contours définis.

Des vécus différents face au changement

Prendre au sérieux ces différences de vécu, accepter cette hétérogénéité, est une condition essentielle pour traverser les seuils ensemble.
Cela demande du temps, de l’écoute, et des espaces de dialogue suffisamment sûrs pour que chacun puisse dire où il en est — réellement.

Accompagner une équipe dirigeante dans un moment de seuil

Ces derniers mois, j’ai accompagné une équipe de direction précisément à cet endroit.
Une transformation préparée mais non encore annoncée, des éléments connus, mais aussi des zones d’inquiétude, des injonctions paradoxales qui, selon elle, donnaient de mauvais signaux ou risquaient de fragiliser le système.

Avant toute action, le travail a consisté à remettre petit à petit de la lisibilité :
sur le contexte,
sur le système,
sur la culture,
sur les vécus individuels.

A aller progressivement plus en profondeur.

Le fait de pouvoir nommer ce qui se jouait, de reconnaître la diversité des vécus et de clarifier les rôles à jouer a profondément modifié la manière dont cette équipe se préparait à la suite.
Non pas en supprimant les incertitudes, mais en leur donnant une place « travaillable », élaborante par la pensée.
Ce temps de recul a renforcé la solidité collective, la « colle » entre eux, et éclairci une nouvelle part de responsabilité de chacun dans la transformation à venir.

Le régénératif comme horizon de transformation

C’est dans cet esprit que je parle aujourd’hui de régénératif.
Non comme un modèle à appliquer, ni comme une promesse de solution rapide, mais comme un horizon.
Un horizon qui invite à penser les organisations comme des systèmes vivants, attentifs à leur raison d’être, à leurs process de création de valeur, à leurs bordures, et à leurs conditions de vitalité dans la durée.

Le régénératif commence rarement par des réponses.
Je crois qu’iI commence par la capacité à habiter les seuils sans les nier ni les forcer.
À créer les conditions pour que des choix plus justes émergent.

En ce début d’année, je vous souhaite donc cela :
la lucidité pour regarder le réel sans détour,
le courage de ne pas céder aux faux raccourcis,
et la patience nécessaire pour laisser les transformations se faire au bon tempo.

Je nous souhaite des seuils habités,
des choix posés avec discernement,
et des trajectoires collectives capables de soutenir le vivant — humain
et non humain — sur le long terme.

Au plaisir de nos futures conversations

Christine Koehler

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