
Le dialogue multi-acteurs est devenu une condition essentielle pour accompagner les transitions complexes.
Les transitions ne manquent pas de solutions. Elles manquent souvent d’espaces où les acteurs peuvent penser ensemble.
Pendant longtemps, j’ai cru que les difficultés rencontrées dans les transformations provenaient principalement d’un manque de solutions.
Puis j’ai observé des situations très différentes : entreprises, territoires, associations, collectifs citoyens.
Et j’ai commencé à remarquer quelque chose.
Le dialogue multi-acteurs comme infrastructure invisible
La plupart du temps, les acteurs connaissent déjà une partie des solutions.
Ils savent qu’il faut réduire certaines consommations, transformer certaines pratiques, coopérer davantage, revoir des modèles devenus fragiles.
Le problème est ailleurs.
Le problème apparaît lorsqu’il faut penser, décider et agir ensemble.
Car les transitions mettent autour de la table des personnes qui n’ont ni les mêmes intérêts, ni les mêmes contraintes, ni les mêmes représentations du monde.
Des dirigeants, des élus, des techniciens, des agriculteurs, des habitants, des salariés, des experts, des citoyens.
Chacun voit une partie du paysage.
Personne ne voit l’ensemble.
Quand les solutions existent déjà
Depuis plusieurs années, j’accompagne des collectifs confrontés à des situations complexes.
Ce qui me frappe régulièrement, c’est que les blocages viennent rarement d’un manque d’intelligence.
Ils viennent plus souvent :
- de l’absence d’écoute ;
- de conversations qui n’ont jamais lieu ;
- de tensions qui restent sous la surface ;
- de décisions prises sans les personnes concernées ;
- de la difficulté à comprendre les contraintes des autres acteurs.
Autrement dit :
Les transitions échouent souvent moins faute de solutions que faute d’espaces où les acteurs peuvent construire ensemble une compréhension commune de la situation.
Le dialogue comme infrastructure invisible
Cette intuition a été renforcée récemment lors de la journée de restitution du Commun d’Accompagnement des Transitions, une initiative soutenue par l’ADEME dans le cadre de l’Appel à Communs « Sobriété et Résilience ».
Pendant dix-huit mois, des praticiens, chercheurs, facilitateurs et acteurs des territoires ont travaillé ensemble pour documenter des pratiques de dialogue, de coopération et d’accompagnement.
Ce qui m’a le plus marquée n’est pas seulement la richesse des ressources produites.
C’est la conviction qui les relie.
Le dialogue n’est pas un supplément d’âme.
Il n’intervient pas après les décisions.
Il constitue une infrastructure essentielle de l’action collective.
Au même titre qu’un système d’information, qu’une gouvernance ou qu’une organisation.
Sans lui, les acteurs se fragmentent.
Avec lui, ils peuvent commencer à élaborer une intelligence collective adaptée à la complexité des situations.
Apprendre à dialoguer
Parler de dialogue ne signifie pas rechercher le consensus permanent.
Ni éviter les désaccords.
Bien au contraire.
Les pratiques dialogiques les plus fécondes permettent souvent :
- d’entendre des points de vue incompatibles ;
- d’explorer des tensions réelles ;
- de rendre visibles des intérêts divergents ;
- d’accueillir l’incertitude ;
- de construire progressivement une compréhension plus large de la situation.
Elles ne suppriment pas les conflits.
Elles permettent de les traverser autrement.
Un livre blanc pour partager les expériences
Cette réflexion est au cœur du livre blanc :
Place aux dialogues : des pratiques pour relier, comprendre, agir.
J’ai eu le plaisir d’y contribuer à travers une fiche consacrée aux Bulles de Dialogue ainsi qu’en rédigeant l’une des deux introductions.
L’ouvrage rassemble dix-neuf récits et retours d’expérience issus de contextes très différents.
On y découvre moins des recettes que des expériences vécues.
Car le dialogue ne s’apprend pas seulement dans les livres.
Il s’apprend dans la pratique.
Une question pour la suite
Les défis auxquels nous sommes confrontés sont souvent présentés comme des défis techniques, économiques ou environnementaux.
Ils le sont.
Mais ils sont aussi profondément relationnels.
La question que je retiens aujourd’hui est peut-être celle-ci :
Comment créer davantage d’espaces où des acteurs différents peuvent apprendre à penser ensemble avant d’essayer d’agir ensemble ?
Je serais curieuse de connaître vos expériences et vos réponses à cette question.